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N° 1114
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ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
ONZIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 8 octobre 1998.
AVIS
PRÉSENTÉ
AU NOM DE LA COMMISSION DE LA DÉFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMÉES (1) , SUR LE PROJET DE loi de finances pour 1999 (n° 1078).
TOME II
DÉFENSE
DISSUASION NUCLÉAIRE
PAR M. René GALY-DEJEAN,
Député.
(1) La composition de cette commission figure au verso de la présente page.
La commission de la défense nationale et des forces armées est composée de :
M. Paul Quilès, président ; MM. Didier Boulaud, Michel Voisin, Jean-Claude Sandrier, vice-présidents ; MM. Robert Gaïa, Pierre Lellouche, Mme Martine Lignières-Cassou, secrétaires ; MM. Jean-Marc Ayrault, Jacques Baumel, Jean-Louis Bernard, André Berthol, Jean-Yves Besselat, Bernard Birsinger, Jacques Blanc, Jean-Marie Bockel, Loïc Bouvard, Jean-Pierre Braine, Philippe Briand, Jean Briane, Antoine Carré, Bernard Cazeneuve, Gérard Charasse, Guy-Michel Chauveau, Alain Clary, Charles Cova, Michel Dasseux, Jean-Louis Debré, François Deluga, Claude Desbons, Philippe Douste-Blazy, Jean-Pierre Dupont, François Fillon, Christian Franqueville, Roger Franzoni, Yann Galut, René Galy-Dejean, Roland Garrigues, Henri de Gastines, Bernard Grasset, Elie Hoarau, François Hollande, François Huwart, Jean-Noël Kerdraon, François Lamy, Pierre-Claude Lanfranca, Jean-Yves Le Drian, Georges Lemoine, François Liberti, Jean-Pierre Marché, Franck Marlin, Jean Marsaudon, Christian Martin, Marius Masse, Gilbert Meyer, Michel Meylan, Jean Michel, Charles Miossec, Alain Moyne-Bressand, Arthur Paecht, Jean-Claude Perez, Robert Poujade, Michel Sainte-Marie, Bernard Seux, Guy Teissier, André Vauchez, Philippe de Villiers, Jean-Claude Viollet, Pierre-André Wiltzer, Kofi Yamgnane.
S O M M A I R E
Pages
PRÉAMBULE 5
PREMIÈRE PARTIE
LE CONTRÔLE DES ARMEMENTS ET LE DÉSARMEMENT,
LÉTAT ACTUEL DE LA PROLIFÉRATION
I. LES ACCORDS INTERNATIONAUX 12
A. LES TRAITÉS BILATÉRAUX ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET
LEX-URSS 12
1. Les accords START 12
2. Le traité ABM 16
B. LES TRAITÉS MULTILATÉRAUX : LA NON-PROLIFÉRATION 17
1. Les zones exemptes darmes nucléaires 17
2. Le Traité de non-prolifération nucléaire 18
3. Le Traité dinterdiction complète des essais nucléaires 21
4. Le contrôle des matières fissiles 23
II. LATTITUDE FRANÇAISE À LÉGARD DE LA DISSUASION
NUCLÉAIRE 24
III. LA PROLIFÉRATION 27
A. LA DISSÉMINATION ET LE TERRORISME NUCLÉAIRE 28
1. Les liens entre latome civil et militaire 28
2. La dissémination des technologies et des cerveaux 30
a) Les transferts technologiques 31
b) Lexpatriation des cerveaux 33
3. La contrebande de matières et le terrorisme nucléaire 34
B. LÉTAT DE LA PROLIFÉRATION NUCLÉAIRE 37
1. La prolifération nucléaire au Moyen-Orient et autour du
bassin méditerranéen 38
2. La prolifération en Asie 41
3. La prolifération dans le sous-continent indien 42
4. Les pays ayant officiellement renoncé à loption nucléaire
militaire 45
C. LES LIENS ENTRE PROLIFÉRATION NUCLÉAIRE ET PROLIFÉRA-
TION BALISTIQUE 47
DEUXIÈME PARTIE
LE FINANCEMENT DE LA DISSUASION
I. LÉVOLUTION DES CRÉDITS ET DES MOYENS DE LA DISSUA-
SION 49
A. LÉVOLUTION DES CRÉDITS DESTINÉS À LA DISSUASION 49
B. LÉVOLUTION DES MOYENS DE LA DISSUASION 53
1. La Force océanique stratégique (FOST) 57
a) La nouvelle posture stratégique de la FOST 58
b) Le programme SNLE-NG 59
c) Les missiles balistiques 61
2. La composante aéroportée 63
a) La configuration actuelle 63
b) Lévolution de la composante aéroportée 64
3. Les programmes de simulation 66
a) Le programme français 66
b) La simulation à létranger 69
II. LE PROJET DE BUDGET AFFECTÉ À LA DISSUASION POUR
1999 69
A. LES CRÉDITS DE RECHERCHE 72
B. LES SYSTÈMES DARMES 73
1. Le renouvellement des sytèmes darmes 73
2. Le maintien en condition opérationnelle (MCO) 74
C. LES PLATES-FORMES 75
D. LES PROGRAMMES DE TRANSMISSION 76
E. LES RESTRUCTURATIONS DE LA DIRECTION DES APPLICATIONS
MILITAIRES DU CEA 77
F. LES CRÉDITS CONSACRÉS AUX OPÉRATIONS DE DÉMANTÈ-
LEMENT 79
1. Le démantèlement du système Hadès 79
2. Le démantèlement des usines de production de matières
nucléaires 80
3. Lavenir du plateau dAlbion 81
TRAVAUX DE LA COMMISSION 83
I. AUDITION DE M. ALAIN RICHARD, MINISTRE DE LA DÉFENSE 83
II. EXAMEN DE LAVIS 98
Mesdames, Messieurs,
Dans le rapport consacré à la dissuasion nucléaire française que javais présenté devant vous voici un an, à loccasion de la première loi de finances de la nouvelle mandature, javais accompagné mon analyse budgétaire dune réflexion sur létat de la doctrine de dissuasion de notre pays. En effet, trois facteurs émergents venaient fortement interférer sur le cours de cette doctrine pratiquement figée depuis trente ans : le contexte institutionnel nouveau résultant de la cohabitation, la contrainte financière induite par une forte et brutale diminution des crédits, limpulsion particulière qui venait dêtre donnée à notre dissuasion par le Président de la République, à travers une loi de programmation portant sa marque.
Lanalyse historique du fonctionnement de notre dissuasion, lévolution de sa composition et de sa doctrine demploi dans un contexte international mouvant et une Europe en devenir, enfin les conclusions et propositions pouvant découler de cette étude, ont pu apparaître, lors de leur publication, comme un exercice dérangeant, en rupture avec la torpeur ambiante.
En effet, la fin de la guerre froide, la tranquille indifférence de notre opinion publique à légard de ces problèmes, lenvahissement de la scène internationale par une succession accélérée dactions diplomatiques et de traités consacrés au désarmement des arsenaux nucléaires, voilà autant déléments qui rendaient un peu vaine, voire inopérante, lidée qui sous-tendait mon travail, à savoir que la France ne pouvait amoindrir sa vigilance politique, financière, doctrinale, dans le domaine de la dissuasion nucléaire.
Or voici que depuis lors, deux pays, lInde et le Pakistan, ont, à la face du monde et en méconnaissant totalement les discours sur le désarmement, procédé à plusieurs essais nucléaires. Certes il ne faut pas sexagérer la portée de tels gestes qui sinscrivent dans des compétitions de caractère régional et qui ne prétendent pas accompagner un messianisme guerrier. Ils apportent cependant la preuve que la maîtrise du nucléaire militaire reste au coeur des politiques de sécurité des Etats et par là montrent la précarité du contrôle international de lutte contre la prolifération.
Cest précisément sur ce point que portera cette année la première partie de mon rapport, lanalyse des crédits budgétaires venant ensuite. Votre rapporteur va donc sefforcer de mettre à la disposition de lAssemblée nationale une analyse détaillée des nombreuses démarches visant le contrôle des arsenaux nucléaires à travers divers traités de désarmement et de lutte contre la prolifération.
Cependant et en préambule à cette analyse détaillée, il a paru utile de fournir un condensé, une sorte de synopsis, de ce que jappellerai la nécessaire mais désespérante quête diplomatique du désarmement nucléaire. Il sagit, à mes yeux, par une mise en perspective rapprochée des faits avérés, daboutir à une prise de conscience du relatif échec, sans cesse renouvelé, de toutes les démarches diplomatiques entreprises jusquà ce jour dans ce domaine particulier. Jévoquerai successivement les divers traités consacrés au nucléaire militaire.
Où en sont aujourdhui, du point de vue de leurs effets pratiques, les deux traités phares START I et START II ?
Il est vrai que dans les apparences, le traité START I a abouti momentanément à une diminution effective des arsenaux nucléaires américains et russes. Dans la réalité cette diminution quantitative saccompagne dun profond réaménagement qualitatif des performances destructrices. Ceci apparaît très clairement si lon fait le rapport du nombre de têtes nucléaires sur les divers systèmes demport.
Ces rapports ont évolué de la façon suivante entre 1990 et 1998 :
pour les vecteurs sol-sol, Russie 4,9 ® 3,35 - USA ® 2,5 ;
pour les composants maritimes, Russie 3 ® 4 - USA stable à 8 ;
pour les bombardiers, les rapports sont quasiment multipliés par deux. De surcroît, le nombre de bombardiers stratégiques lui-même a enregistré une progression en raison du souci américain de maintenir le niveau de plan de charge de lindustrie aéronautique au cours de la crise récente.
Quant au traité START II, signé en janvier 1993, deux échéances successives avaient été prévues pour marquer les franchissements de seuils à la baisse. Ces échéances ont été repoussées lors du sommet russo-américain dHelsinki de mars 1997. Désormais, il est prévu que la première phase de baisse des armements ne sachèvera quen 2004, la seconde en 2007. Dici là il peut se passer bien des choses.
Mais il y a plus : la non-ratification du traité par la Douma russe, laquelle affiche clairement sa volonté de ne pas ratifier. En fait, cette attitude sous-tend une sorte de chantage diplomatique en regard du processus délargissement de lOTAN vers les pays de lEst européen.
On pourrait considérer que cette partie de bras de fer se résoudra à terme rapproche. Mais, dores et déjà, le retard pris hypothèque, pour de simples raisons de délais amonts, la réalisation des clauses du traité aux échéances ci-dessus, après prorogations. A lévidence ces échéances ne seront pas tenues.
Le Traité antimissiles balistiques, dit Traité ABM, conclu entre les USA et lUnion soviétique en 1972, partait dune remarquable constatation de bon sens. Dans léternelle compétition entre lépée et le bouclier, on décidait dinterrompre le perfectionnement du bouclier. En limitant les progrès dans la protection antimissiles on évitait la course visant à rendre toujours plus sophistiqués et performants les missiles eux-mêmes et leurs charges utiles. Quen a-t-il été ?
En fait les recherches se sont poursuivies sur les lasers de neutralisation et sur les antimissiles de haute vélocité. Tant et si bien que les hautes parties contractantes en ont été réduites à un troc intervenu récemment et bien dérisoire : les Américains ont renoncé à tester la haute vélocité avant le mois davril 1999, obtenant de Moscou en contrepartie la faculté de poursuivre les études et développements sur tous les autres aspects de leur programme antimissile. On connaît, à cet égard, les échecs répétés (au nombre de sept successifs dont quatre en conditions réelles dinterception) enregistrés par Lockheed Martin sur son missile dinterception.
De fait, lon sait que les Américains veulent se doter à court terme dun système antimissile de théâtre dopération et la presse a déjà fait état de leurs expérimentations sur les lasers de neutralisation.
Mais il y a plus. Un projet de sanctuarisation du territoire national américain par système antimissile global a été récemment présenté au Congrès par les Républicains. Faute de la majorité des deux-tiers -il manquait une seule voix sur les soixante nécessaires- le projet a été repoussé.
Cependant, si les élections de novembre prochain renforcent les Républicains au Sénat, ceux-ci auront la faculté de relancer leur projet, inspiré de lIDS de Ronald Reagan, et de le faire adopter. Un tel geste ne pourrait pas rester sans conséquences pour le reste du monde, des côtés russe et chinois en particulier.
La France, elle, aurait alors à mesurer les conséquences de son retrait du programme MEADS conduit par les Américains. Quant à lEurope, non protégée, elle redeviendrait à terme le champ de bataille avancé des Etats-Unis en cas de conflagration grave. Tel est, dans ses grandes lignes, létat actuel du Traité ABM.
Le TNP, Traité de non-prolifération, a connu un sort identique. Base juridique incontestable de tout effort de lutte contre la prolifération nucléaire, le TNP portait cependant en germe son propre système autodestructeur. Pour endiguer la prolifération, il prétendait limiter à cinq le nombre de pays diplomatiquement et militairement autorisés à détenir larme nucléaire.
Dès sa signature, il apparaissait comme un trompe loeil. Dabord en raison de son caractère ségrégatif, à tous égards injustifiable, ensuite, parce que, de notoriété publique, un sixième Etat, Israël, était de fait autorisé à posséder des têtes nucléaires et des vecteurs demport et donc à déroger au principe qui venait dêtre établi.
Les essais indiens et pakistanais sont venus rompre les digues ainsi mises en place et désormais, de proche en proche, les facteurs de souveraineté, dindépendance et de fierté nationale, de parade aux tentations hégémoniques, de réponse aux antagonismes ancestraux, dintégrisme religieux enfin, vont inéluctablement modifier la donne stratégique nucléaire mondiale.
A quoi lon peut ajouter que les systèmes de veille anti-prolifération, si sophistiqués quils soient, se sont révélés bien inopérants, les services spécialisés américains ayant été apparemment surpris et par les essais indiens et par la fusée balistique de la Corée du Nord.
Le TICE, Traité dinterdiction complète des essais nucléaires a été tourné en dérision, avant même sa mise en application, dans les conditions suivantes. Fort curieusement, cest sur une initiative de lInde que ce traité a été initié en janvier 1994. Signé en juillet 1996, à Genève, il était le fruit de longues négociations conduites durant plus de deux ans au sein dun Comité ad hoc composé de 61 membres de la Conférence de Désarmement.
Or voici que cest précisément lInde qui, peu de temps après lissue des négociations, portait au pouvoir un parti ayant fait campagne sur laccession au nucléaire militaire. Aussitôt installé, le gouvernement issu de ce parti préparait et exécutait les essais que lon connaît.
La pression internationale allait-elle bloquer le Pakistan pour lempêcher dentreprendre une démarche similaire ? Il nen a rien été, immanquablement.
Certes, ses essais ayant été réalisés, lInde fait connaître aujourdhui quelle entend adhérer au TICE avant septembre 1999. Le Pakistan déclare, lui, quil examine activement, avec prudence et circonspection la question de la signature du TICE. LIran quant à lui reste muet.
Tel est létat de laction diplomatique internationale qui peine désespérément à la poursuite dobjectifs quelle ne parvient pas à atteindre. La prolifération des armes nucléaires, sans doute atténuée par cette action diplomatique, se poursuit inexorablement.
Les développements du présent rapport détaillent les divers aspects de cette prolifération, en décrivant les liens entre latome civil et militaire, en évoquant la dissémination des technologies et des cerveaux, la contrebande des matières et le terrorisme nucléaire, en traçant enfin la cartographie de la prolifération mondiale.
Au titre du présent préambule, je souhaite mettre en exergue seulement deux faits extraits de ces développements.
Tous les réacteurs nucléaires peuvent être utilisés pour produire du plutonium 239 utilisable dans les armes nucléaires. Certes, il subsiste encore quelques verrous technologiques bridant les velléités de nombreux pays mais lexemple de lIrak montre quavec une forte détermination et les moyens financiers voulus, un projet militaire est possible à partir de technologies denrichissement datant de plusieurs décennies. La fuite des cerveaux et laide internationale ne peuvent quaccentuer cette dérive.
Dans cette problématique, entre autres cas, le cas de lAlgérie mérite dêtre examiné. Ce pays a ratifié le Traité de non-prolifération nucléaire en 1995. Ses installations sont donc, en principe, soumises au contrôle de lAIEA.
Il dispose actuellement de deux réacteurs de recherche nucléaires, lun de faible puissance situé près dAlger, fourni par lArgentine, lautre plus puissant situé aux confins du Sahara, installé par la République populaire de Chine.
La destination de ce dernier ne peut manquer de nous interpeller dans la mesure où sa puissance et son éloignement des centres urbains conduit à sinterroger sur sa réelle utilité comme source dénergie. Quoi quil en soit, il est hors de doute que les infrastructures et le savoir-faire acquis rendent désormais possible la mise en oeuvre dun programme darmement. En labsence de pressions internationales appropriées, le risque de voir lAlgérie accéder à la capacité nucléaire militaire paraît réel.
Cet état de fait constitue-t-il une menace pour la France ? Ceci nest pas certain à court terme et ce nest en tout cas pas la seule hypothèse stratégique. Mais une Algérie conquérante vis-à-vis de la Tunisie ou du Maroc, et détentrice de larme nucléaire bloquerait évidemment toute possibilité dintervention extérieure...
Les développements plus détaillés qui suivent ce préambule synthétique mettent en lumière les menaces potentielles que le nucléaire militaire continue à faire peser sur le monde. Ils montrent également la prudence avec laquelle Russes, Américains et Chinois font semblant de désarmer.
La question se pose de savoir si la France saura ou non, dans les temps qui viennent, tirer la leçon dun tel état de choses pour ce qui concerne sa posture nucléaire des années à venir. La baisse inquiétante des études amont, divisées par deux entre 1997 et 1999, ainsi que des autorisations de programme qui passe de 20 milliards de francs en 1997 à 13 milliards de francs dans le présent budget 1999 de la dissuasion nucléaire française ne plaident pas dans ce sens. Ceci ne peut que constituer une source de vive préoccupation pour ce qui concerne la sécurité de notre pays à moyen terme.
PREMIÈRE PARTIE
LE CONTRÔLE DES ARMEMENTS ET LE DÉSARMEMENT,
LÉTAT ACTUEL DE LA PROLIFÉRATION
Dans son discours du 3 septembre dernier, devant lInstitut des hautes études de Défense nationale, le Premier Ministre a clairement identifié le désarmement et la non-prolifération parmi les objectifs prioritaires de laction internationale de la France. A cette occasion, il a rappelé que la France avait : de façon unilatérale, donné lexemple en matière nucléaire avec le démantèlement des composantes sol-sol (Hadès et le plateau dAlbion), la réduction du format de la force océanique stratégique, la fermeture du centre dessais du Pacifique, larrêt de la production de matières fissiles destinées aux armes nucléaires et le démantèlement des installations de production de Marcoule et de Pierrelatte .
Laction conduite en ce sens par le Gouvernement sinscrit dans la logique des décisions prises par le Président de la République et annoncées aux Françaises et aux Français le 22 février 1996. Cest également dans cet esprit que le Parlement français a autorisé, au printemps dernier, la ratification du Traité dinterdiction complète des essais nucléaires, dont la France avait lun des premiers signataires le 24 septembre 1996.
Force est aujourdhui de constater que lexemplarité française na peut-être pas encore porté les fruits que lon en escomptait. En effet, les expérimentations nucléaires réalisées dans le sous-continent indien conduisent à sinterroger sur la vanité dune démarche éthiquement défendable, mais dont la pertinence mérite dêtre jugée à la portée réelle de ses résultats. Dautre part, bien quil faille se féliciter de la décision prise le 11 août dernier à Genève par la conférence du désarmement dengager des travaux sur la préparation de la négociation dun traité dinterdiction de la fabrication des matières fissiles pour des armes nucléaires, lobservateur objectif ne peut que remarquer que ni les Etats-Unis, ni la Chine et la Russie nont à ce jour ratifié leur adhésion à linterdiction des essais et que la Douma russe nenvisage toujours pas de ratifier le traité START II, pourtant signé par les Russes et les Américains le 3 janvier 1993.
Enfin, il convient de noter que la doctrine demploi des forces nucléaires des Etats-Unis a été réaffirmée en 1997 et na pas évolué depuis. Elle repose toujours sur la possibilité demploi en premier, de même que la structure de larsenal américain demeure fondée sur la triade nucléaire (missiles balistiques sol-sol intercontinentaux, sous-marins, bombardiers stratégiques). Pour sa part, la Russie conçoit sa doctrine nucléaire selon un concept proche de celui élaboré par la France. En effet, la Russie a déclaré considérer larme nucléaire comme un moyen politique de prévenir la guerre et non comme un outil permettant de mener une opération militaire. Enfin, sagissant de son arsenal militaire nucléaire, elle considère quil lui revient de maintenir son volume à un niveau garantissant le préjudice que lon cherche à porter à lagresseur quelles que soient les circonstances. Le Royaume-Uni quant à lui a clairement affiché sa volonté de conserver une force de dissuasion fondée sur le système Trident, posture qui serait compatible, selon lui, avec les objectifs dun désarmement équilibré. Les forces nucléaires britanniques sont en partie affectées à la défense de lOTAN et leur emploi est planifié dans ce cadre. Toutefois, si les intérêts vitaux du Royaume-Uni venaient à être menacés, la décision demploi demeurerait le fait du Gouvernement britannique.
I. LES ACCORDS INTERNATIONAUX
Le nombre des acteurs du club militaire nucléaire, malgré ladmission de fait de deux nouveaux arrivants lInde et le Pakistan demeure aujourdhui limité. Toutefois, au sein de ce groupe, limportance des arsenaux détenus par les Etats-Unis et la Russie ont conduit ces deux Etats à négocier bilatéralement des accords de diminution et de limitation de leurs forces nucléaires, tout en étant partie prenante au processus multilatéral de désarmement nucléaire auquel la France participe pleinement.
Les accords START I et START II (Strategic arms reduction talks : négociations sur la réduction des armements stratégiques) ont été respectivement signés, le 31 juillet 1991 par les Etats-Unis et lURSS, et le 3 janvier 1993 par les Etats-Unis et la Fédération de Russie. Ils ont pour objectif de limiter, par une réduction drastique de leurs arsenaux nucléaires, le nombre de vecteurs (missiles balistiques et aéronefs) et de têtes nucléaires des deux grandes puissances militaires. Ces deux traités sont le résultat de longues et difficiles négociations, entamées par lURSS et les Etats-Unis au printemps 1982.
Ratifié par le Sénat américain le 1er octobre 1992 et par le Soviet Suprême russe le 5 novembre 1992, le traité START I établit un calendrier de sept ans pour une réduction dun tiers des arsenaux nucléaires stratégiques américains et soviétiques. Toutes les Républiques de lex-Union Soviétique, qui détenaient des armes nucléaires sur leur territoire (Russie, Biélorussie, Ukraine et Kazakhstan), ont ratifié le traité START I qui est officiellement entré en vigueur le 5 décembre 1994. Par le Protocole de Lisbonne du 23 mai 1992, elles se sont engagées à assumer les obligations découlant du traité. La Russie étant reconnue comme gestionnaire du désarmement nucléaire de lex-URSS, lensemble des têtes nucléaires stratégiques entrant dans le champ dapplication du traité a été transféré fin 1996 sur le territoire de la Fédération de Russie.
En dépit des difficultés dordre technologique, le processus de réduction des armements nucléaires stratégiques est pour le moment respecté. Il convient ici de noter que le démantèlement des armes dorigine soviétique est largement facilité par les programmes daide au désarmement nucléaire soutenus par les pays occidentaux. Les Etats-Unis, au titre du programme Nunn-Lugar , participent pour une part essentielle à leffort occidental. Le Japon, le Royaume-Uni, la France, lAllemagne, le Canada, la Suède et lItalie, dans une moindre mesure, joignent leurs moyens pour rendre effective la réduction des arsenaux stockés sur le territoire de la Fédération de Russie. Il convient de rappeler ici que la participation étrangère aux opérations de démantèlement effectuées par les ingénieurs et techniciens russes est, pour linstant, exclusivement cantonnée à laspect financier du programme.
Le tableau ci-après permet de constater que la diminution des arsenaux nucléaires américains et russes, si elle est effective, saccompagne néanmoins dun profond réaménagement qualitatif, notamment en ce qui concerne les capacités des composantes maritimes. En effet, si le rapport nombre de têtes/vecteurs sol-sol ne diminue guère (4,29 en 1990 contre 3,35 en 1999 pour la Russie et de 2,4 contre 2,5 pour les USA), le même rapport pour composantes maritimes et aéroportées est, lui, en augmentation.
Le nombre moyen de têtes nucléaires sur les missiles mer-sol russes passera de 3 à 4, alors que celui des Américains restera stable à 8. Par contre, pour chacune des deux parties au traité, les ratios armes aéroportées/bombardiers sont quasiment multipliés par deux. Toutefois, il convient de noter ici que le nombre de bombardiers stratégiques ex-soviétiques a dores et déjà enregistré une forte diminution, alors que le parc américain enregistre, pour sa part, une progression, due vraisemblablement à la volonté américaine de ne pas gêner son industrie aéronautique en interrompant des programmes en phase de fabrication.
ACCORDS START I
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|
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Situation*
1er septembre 1990
|
Situation**
1er juillet 1998
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Répartition
en fonction
des plafonds
START I (1999)
|
ICBM (missiles sol-sol)
|
|
|
|
ex-URSS/Russie
|
1 539
|
811
|
939
|
Etats-Unis
|
1 000
|
701
|
550
|
|
|
|
|
|
Têtes sur ICBM
|
|
|
|
ex-URSS/Russie
|
6 612
|
4 144
|
3 153
|
Etats-Unis
|
2 450
|
2 451
|
1 400
|
SLBM (missiles sol-sol)
|
|
|
|
ex-URSS/Russie
|
940
|
648
|
432
|
Etats-Unis
|
672
|
464
|
424
|
|
|
|
|
|
Têtes sur SLBM
|
|
|
|
ex-URSS/Russie
|
2 804
|
2 480
|
1 744
|
Etats-Unis
|
5 760
|
3 776
|
3 456
|
Bombardiers nucléaires
|
|
|
|
ex-URSS/Russie
|
162
|
118
|
100
|
Etats-Unis
|
258
|
317
|
209
|
|
|
|
|
|
Armes aéroportées
|
|
|
|
ex-URSS/Russie
|
855
|
916
|
1 552
|
Etats-Unis
|
2 353
|
1 755
|
3 700
|
Totaux
|
|
|
|
Nombre de vecteurs
stratégiques
|
|
|
|
Ex-URSS/Russie
|
2 641
|
1 577
|
1 471
|
Etats-Unis
|
1 930
|
1 482
|
989
|
Nombre de têtes
|
|
|
|
Ex-URSS/Russie
|
10 271
|
7 540
|
6 449
|
Etats-Unis
|
10 563
|
7 982
|
8 556
|
Sources : * Lannée stratégique
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La signature, par la Fédération de Russie et les Etats-Unis, le 3 janvier 1993, du traité START II engage les deux Etats à poursuivre leffort en faveur dune limitation des armements nucléaires en divisant globalement par le coefficient 2 les plafonds prévus dans le premier accord.
La mise en uvre de laccord START II devrait comprendre deux phases successives dont les échéances ont été reculées lors du sommet russo-américain dHelsinki en mars 1997. Compte tenu du report intervenu dans lentrée en vigueur du traité, la première de celles-ci devrait sachever en 2004, avec un plafond total de têtes déployées par chaque pays fixé à 4 250 et la seconde, en 2007, avec les plafonds suivants : 3 000 pour la Russie et 3 500 pour les Etats-Unis.
Dun point de vue qualitatif, le traité START II vise principalement à limiter le nombre de missiles sol-sol balistiques intercontinentaux multitêtes détenus par chacune des deux grandes puissances. En ce sens, il apparaît comme un complément indispensable du traité START I. Force est en effet de constater que ces missiles constituent un segment important des arsenaux russes et américains et que, compte tenu de leurs capacités, ils sont perçus comme particulièrement déstabilisants en temps de crise, la moindre activité affectant leur environnement pouvant donner lieu à interprétation alarmante.
Le Sénat américain a approuvé la ratification du traité START II dès le 26 janvier 1996. A ce jour, la Douma russe ne semble toujours pas disposée à ratifier cet accord. Il semble en effet que le Parlement russe utilise la ratification comme une arme diplomatique en liant apparemment son attitude au processus délargissement de lAlliance atlantique vers les pays de lEst. Labsence de ratification ne peut se prolonger trop longuement sans faire peser une hypothèque, pour des raisons de délais, sur la mise en uvre des clauses du traité. Sans doute ne serait-il pas inutile que le Gouvernement de la France, qui sengage tant en faveur du désarmement, prenne une initiative diplomatique pertinente en ce sens auprès des autorités de la Fédération de Russie. Cette intervention apparaîtrait dautant plus opportune que la mise en uvre dun échange de lettres portant sur la désactivation anticipée de toutes les têtes de missiles stratégiques devant être éliminées en 2007 est subordonnée à lentrée en vigueur du traité START II et donc de sa ratification par la Douma Russe.
Enfin, il convient de signaler quà loccasion du sommet dHelsinki de 1997, les Etats-Unis et la Russie se sont engagés à entreprendre de nouvelles négociations ayant pour objectif une nouvelle réduction des têtes nucléaires déployées sur des vecteurs stratégiques et linstauration de mesures de transparence concernant tant les inventaires de têtes que leur destruction. Le début de telles négociations constituerait un pas important sur la voie du désarmement par le côté novateur de la démarche visant la transparence susceptible dêtre instituée sur la destruction des armes.
Le Traité ABM, conclu entre les Etats-Unis et lUnion Soviétique en 1972, a été conclu dans un souci de stabilisation des rapports de force ; dans lesprit des négociateurs, des systèmes de protection contre les missiles stratégiques balistiques trop efficaces ou en nombre trop élevé auraient eu pour effet de rendre encore plus sophistiqués les missiles et leurs charges utiles, et donc daccélérer la course aux armements. Pour ces raisons, le nombre dintercepteurs autorisés par le traité a été volontairement limité à 100 missiles, ceux-ci devant être regroupés sur un seul site dont la localisation doit être notifiée à lautre partie. Les performances des intercepteurs avaient volontairement été écartées des négociations initiales afin de maintenir lessence du traité malgré les progrès technologiques. La pérennité de ce traité demeure un élément fondamental de la stabilité stratégique.
Les formulations imprécises du traité concernant la définition des systèmes ABM devaient conduire les deux parties à créer rapidement une Commission consultative permanente pour tenter de saccorder sur une interprétation commune de la notion de système de défense contre les missiles balistiques stratégiques. Jusquen 1995, les négociations ont essentiellement porté sur des caractéristiques techniques (vitesse du corps de rentrée, vitesse des intercepteurs). La volonté des Etats-Unis de développer des défenses antimissiles, notamment pour faire face à la prolifération des missiles balistiques, posait le problème de la frontière entre un système défensif capable dintercepter des missiles balistiques stratégiques (intercontinentaux) faisant lobjet du traité et un système ayant pour objectif linterception de missiles balistiques de théâtre (courte et moyenne portée).
En létat actuel des négociations, les deux parties se sont dores et déjà accordées pour interdire le déploiement de tout système antimissiles dans lespace, notamment la mise en uvre de systèmes fondés sur des principes physiques nouveaux (lasers) basés dans lespace. Par ailleurs, les Russes ont obtenu une renonciation des Américains à tester des systèmes antimissiles de haute vélocité avant le mois davril 1999, et Washington a obtenu de Moscou la faculté de poursuivre le développement de lensemble des programmes antimissiles américains.
La lutte contre la prolifération des armes de destruction massive, au premier rang desquelles figure larme atomique, constitue lune des priorités de la Communauté internationale. Le formidable pouvoir dévastateur et destructeur de latome, révélé par les bombardements américains dHiroshima et de Nagasaki les 6 et 9 août 1945, devait conduire un groupe dingénieurs et de techniciens américains à proposer linstitution dun contrôle international sur les matières nucléaires et leur utilisation. Plus connu sous la dénomination de rapport Franck , cette contribution datant de 1945 constitue les prémices de la lutte contre la prolifération qui, passant par le plan Baruch de 1946 et le plan Atoms for peace de 1953, devait déboucher sur la conclusion du Traité de non-prolifération (TNP) et le Traité dinterdiction complète des essais nucléaires (TICE), ainsi que sur un ensemble de traités tendant à instituer des zones exemptes darmes nucléaires.
La France a toujours milité en faveur de linstitution de zones exemptes darmes nucléaires. Cet engagement a toutefois toujours été assorti de la réserve portant sur le respect de conditions lui paraissant indispensables à une mise en uvre efficace de ladoption de dispositions internationales en la matière. Cest ainsi que la France a constamment subordonné son soutien à de telles initiatives à la reconnaissance internationale des traités (présence des pays nucléaires dans le nombre minimum de pays requis pour lentrée en vigueur du Traité), à la libre adhésion et à la participation des Etats de la région considérée aux négociations, à la pertinence stratégique et géographique du Traité, à linstauration de mesures de vérification efficaces des engagements pris par les parties et au soutien sans ambiguïté des puissances nucléaires.
Dans un même temps, la France a toujours considéré quil ne devait pas être porté atteinte à sa propre sécurité, aussi veille-t-elle scrupuleusement, dans la phase préalable de négociation, à ce que linstauration de zones exemptes darmes nucléaires préserve le libre exercice de sa dissuasion, en rappelant en permanence quen application de larticle 51 de la Charte des Nations-Unies (clause de la légitime défense) les dispositions des traités ne lui seraient plus applicables dans lhypothèse où des pays parties au traité et concernés par son application mettraient en cause les intérêts français.
Cest dans cet esprit quelle a dores et déjà ratifié, en 1992, les protocoles annexés au Traité de Tlatelolco concernant lAmérique latine, quelle a signé ceux annexés au Traité de Rarotonga, le 25 mars 1996, créant une zone exempte darmes nucléaires dans le Pacifique Sud, ainsi que ceux annexés au Traité de Pelindaba, le 11 mars 1996, qui instituent la dénucléarisation du continent africain. Il convient de noter que les quatre autres puissances nucléaires reconnues sont également signataires de ces traités. Toutefois, son adhésion au Traité de Bangkok, créant une zone exempte darmes nucléaires en Asie du Sud-Est, demeure, conformément à sa doctrine, subordonnée à la signature de ce Traité par les autres puissances nucléaires.
Bien que le Traité de Bangkok ait encore aujourdhui une portée limitée du fait de labsence dadhésion des puissances nucléaires, il apparaît intéressant de noter que la quasi-totalité de lhémisphère Sud, à lexception toutefois des zones de haute mer, est aujourdhui militairement dénucléarisée.
A linitiative du Kazakhstan, des projets concernant linstauration dune zone exempte darmes nucléaires en Asie centrale voient le jour. Ils ont dores et déjà fait lobjet de premières réunions à Tachkent en 1997 et Bichkek en 1998. Il convient de rappeler que les populations kazakhes ont eu particulièrement à souffrir des tirs expérimentaux darmes atomiques, que les soviétiques ont effectués dans le polygone de Semipalatinsk. Les 470 tirs auxquels les soviétiques y ont procédé depuis 1949, dans la plus parfaite indifférence vis-à-vis des populations, conduisent certains observateurs à évoquer une tragédie nucléaire kazakhe . Selon une étude de lONU devant être prochainement rendue publique, citée dans la revue Enerpresse : En tout, environ 1,2 million de citoyens kazakhes ont été affectés par les essais menés à Semipalatinsk et... quelque 100 000 dentre eux, répartis sur trois générations, ont été touchés par les radiations.
Le Traité de non-prolifération (TNP), élaboré en 1968 et conclu pour une période initiale de 25 années, est entré en vigueur en juin 1970 ; il a été prorogé pour une durée indéterminée le 11 juin 1995 à New-York. Le TNP a largement contribué à asseoir les bases du régime de non-prolifération nucléaire par le biais dun contrôle intégral des activités nucléaires. Celui-ci est placé sous la surveillance de lAgence internationale de lénergie atomique (AIEA), dont le siège est à Vienne (Autriche). Depuis sa signature, le champ dapplication du régime de non-prolifération a été complété par différentes directives portant restriction aux exportations. En effet, les pays détenteurs de technologies nucléaires se sont accordés pour limiter et contrôler les matériaux et matériels susceptibles de favoriser la prolifération nucléaire.
Base juridique incontestable de tout effort de lutte contre la prolifération nucléaire, le TNP limite à cinq le nombre des pays détenteurs de larme nucléaire. Par pays officiellement détenteurs de larme nucléaire, il convient dentendre les Etats ayant procédé à une explosion dune arme nucléaire avant le 1er janvier 1968 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Union soviétique qui a transféré à la Russie son arsenal nucléaire). La France na adhéré que tardivement à ce traité qui compte aujourdhui pas moins de 186 Etats parties.
Le TNP se décline en trois objectifs :
la limitation de la diffusion des armes nucléaires, les Etats signataires détenteurs darmes nucléaires sengagent à ne pas transférer darmes nucléaires ou autres dispositifs nucléaires explosifs aux Etats non dotés de ce type darmement. De même, ils sengagent à naccepter de telles armes daucun autre pays ;
la promotion de la coopération nucléaire pacifique assortie dun contrôle du cycle des matières fissiles. Le traité engage les Etats signataires à coopérer pour lutter contre la prolifération nucléaire et à faciliter lapplication des garanties de lAIEA aux activités nucléaires pacifiques. Il rappelle également le principe selon lequel les avantages des applications pacifiques de la technologie nucléaire doivent être accessibles à toutes les parties au traité, autorisant ainsi léchange de renseignements scientifiques ;
Le processus de contrôle des obligations souscrites transfère, sous une forme contractuelle, à un organisme international -lAIEA- les opérations dinspection. Aux termes de son statut, lAgence de Vienne a pour mission dinstituer et dappliquer des mesures visant à garantir que les produits fissiles spéciaux et autres produits, les services, léquipement, les installations et les renseignements fournis par lAgence ou à sa demande ou sous sa direction ou sous son contrôle, ne sont pas utilisés de manière à servir à des fins militaires et détendre lapplication de ces garanties, à la demande des parties, à tout accord bilatéral ou multilatéral ou, à la demande dun Etat, à telle ou telle des activités de cet Etat dans le domaine de lénergie atomique .
Le système de garanties mis en place par lAIEA, dans le cadre de ce contrôle, prévoit un mécanisme de sanction en cas de violation des règles édictées. Celui-ci consiste en une alerte de la communauté internationale par le biais dune information à lensemble des pays membres et à la saisine du Conseil de sécurité des Nations unies. Lexemple irakien a démontré la portée du contrôle de lAIEA. Cette pratique se révèle à tout le moins dissuasive et institue, en faisant appel à la responsabilité des Etats, un régime de confiance entre les différentes parties au traité.
Il convient de rappeler que les inspections conduites par lAIEA ont lieu régulièrement sur près de mille installations nucléaires, réparties dans plus de cinquante pays. Celles-ci portent non seulement sur les réacteurs nucléaires, mais également sur les installations denrichissement et de retraitement de combustible, sur les sites de stockage des déchets, ainsi que sur toute autre installation ayant un lien direct avec la fabrication et lutilisation de matières nucléaires ;
le souhait à long terme dun désarmement, notamment nucléaire. Ce dernier objectif a été une nouvelle fois rappelé, lors de la Conférence de 1995 des Etats-parties au traité chargée dexaminer la question de sa prorogation : Le désarmement nucléaire est considérablement facilité par la détente internationale et le renforcement de la confiance entre les Etats qui ont résulté de la guerre froide. Les engagements pris aux termes du traité de non-prolifération des armes nucléaires en matière de désarmement nucléaire doivent donc être résolument remplis. A cet égard, les Etats dotés darmes nucléaires réaffirment... quils sont résolus à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives au désarmement nucléaire.
La France et la Chine nont adhéré que tardivement à ce Traité (1992). Israël, lInde et le Pakistan, malgré un regain dintérêt récent pour la non-prolifération, ne sont pas encore signataires. Sans doute lattitude de lInde et du Pakistan est-elle aujourdhui dictée par la volonté de ces pays dêtre admis parmi les puissances nucléaires officielles, tandis que lattitude dIsraël trouve son explication dans le fait que cet Etat, pour des raisons politiques et diplomatiques évidentes, ne souhaite pas avoir à lever le voile sur ses activités nucléaires.
Lors de la réunion de la Conférence de 1995 chargée dexaminer lopportunité de proroger les dispositions du TNP, les Etats-parties ont accompagné la prorogation de trois décisions complémentaires au Traité. La première énonce et réaffirme certains principes et objectifs concernant la non-prolifération et le désarmement nucléaire. La deuxième a trait au renforcement du processus dexamen ; elle prévoit la tenue dune conférence de suivi tous les cinq ans, précédée de réunions préparatoires devant se tenir les trois années précédant cette conférence dexamen (les Etats-membres ont tenu du 7 au 18 avril 1997 à New-York leur première réunion préparatoire à la conférence dexamen de lan 2000). La troisième décision concerne la mise sous contrôle de lAIEA de toutes les installations nucléaires qui ne le sont pas encore, son objectif principal est le Moyen-Orient, et notamment Israël.
A loccasion de la première réunion préparatoire, les cinq puissances nucléaires reconnues ont fait une déclaration liminaire commune, préparée à linitiative de la France, qui a permis de souligner les avancées faites par chacun deux au titre de la réduction de leurs arsenaux nucléaires. Ainsi, chaque pays nucléaire a pu afficher les progrès quil avait pu réaliser sur la voie du désarmement nucléaire, que ce soit dans le cadre daccords bilatéraux ou à la suite de décisions unilatérales. Cette déclaration commune, outre quelle ait permis à la France de rappeler publiquement et solennellement ses actes positifs, a également eu pour effet de désamorcer les critiques acerbes et la mauvaise humeur des pays non alignés sur la question du désarmement nucléaire. A ce sujet, il convient de noter que, pour la première fois, la Chine a accepté de se joindre officiellement à une déclaration commune portant sur le désarmement nucléaire.
La deuxième réunion préparatoire, qui sest tenue à Genève du 27 avril au 28 mai 1998, na pas abouti. Elle a achoppé sur la question du Moyen-Orient, le groupe des pays arabes ayant demblée déclaré quaucun accord ne pourrait se dégager en labsence dune référence à la résolution de 1995 concernant le contrôle intégral de lAIEA sur les installations nucléaires au Moyen-Orient.
Le Traité dinterdiction complète des essais nucléaires (en anglais, Comprehensive test ban treaty-CTBT) constitue un élément important du dispositif international de lutte contre la prolifération nucléaire. Adopté par lAssemblée générale des Etats-Unis le 10 septembre 1996, il est le fruit de longues négociations qui se sont déroulées de janvier 1994 à juillet 1996 à Genève, au sein dun Comité ad hoc composé de 61 pays de la Conférence du Désarmement suite à une initiative de lInde.
Par ses objectifs, il sinscrit dans le prolongement du premier traité concernant la limitation des essais nucléaires, conclu le 5 août 1963 entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et lUnion Soviétique qui interdisait les essais nucléaires dans latmosphère, dans lespace extra-atmosphérique et sous leau. Bien que nimpliquant que trois Etats, ce traité a été, de fait, appliqué par des Etats qui nen étaient pas signataires. Le TICE constitue également une extension de laccord américano-soviétique du 3 juillet 1974 qui limitait la puissance des essais souterrains à une charge maximale de 150 kilotonnes.
En proscrivant le recours aux essais nucléaires en vraie grandeur, il interdit à déventuels pays candidats daccéder à un armement nucléaire technologiquement crédible. En effet, sil demeure possible de parvenir à la réalisation darmements nucléaires rustiques et peu perfectionnés sans un minimum dexpérimentation, laccès à une capacité nucléaire militaire sophistiquée suppose de pouvoir soit recourir à la pratique dessais, soit bénéficier dune aide extérieure.
En excluant également les essais de faible énergie, quelque que soit lintensité de cette dernière, il arrête de fait la course aux performances des armes nucléaires, contraignant ainsi fortement, en pratique, le développement darmes nouvelles par les pays disposant déjà dune technologie nucléaire militaire.
Par les restrictions quil apporte à laccès aux technologies nucléaires militaires, le TICE constitue à lévidence un réel complément au Traité de non-prolifération nucléaire. Linterdiction des essais nucléaires quil prévoit est assortie dun système de surveillance international reposant sur un dispositif de vérification apte à détecter et à interpréter à distance tout événement susceptible de constituer une explosion nucléaire kilotonnique. Il convient de noter ici que lexpertise et le savoir-faire des ingénieurs et techniciens du Commissariat à lénergie atomique ont permis à la France dêtre présente humainement et technologiquement dans le processus de surveillance qui sera mis en uvre.
Ouvert à la signature le 24 septembre 1996, le TICE a été signé, le jour même, par 72 états dont la France et les quatre autres puissances nucléaires. Bien quà ce jour, 149 pays aient adhéré au traité, 16 seulement lont ratifié, au nombre desquels figurent la France et le Royaume-Uni. Les Etats-Unis ont, pour ce qui les concerne, entamé la procédure de ratification.
Pour entrer en vigueur, le traité doit être ratifié par quarante-quatre Etats, membres de la Conférence du Désarmement, possédant des capacités nucléaires de recherche ou de production dénergie, ce qui inclut, sans les désigner, les cinq puissances nucléaires et les trois Etats du Seuil (Inde, Israël, Pakistan). Cette condition nayant pas été atteinte dans les deux années suivant louverture à la signature du traité (huit des quarante-quatre pays requis layant ratifié), il sera fait application de la clause figurant à larticle XIV du traité prévoyant la tenue dune Conférence des Etats ayant déjà ratifié, afin détudier les moyens de parvenir à une entrée en vigueur du traité. La France qui sest engagée fortement en faveur du traité participe activement à la préparation de cette conférence qui devrait se tenir à lautomne 1999.
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ÉTATS AYANT RATIFIÉ LE TICE
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Etat
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Date de signature
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Date de ratification
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Brésil*
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24 septembre 1996
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14 juillet 1998
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Australie*
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24 septembre 1996
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9 juillet 1998
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Tadjikistan
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7 octobre 1996
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10 juin 1998
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France*
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24 septembre 1996
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6 avril 1998
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Royaume-Uni*
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24 septembre 1996
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6 avril 1998
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Autriche*
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24 septembre 1996
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13 mars 1998
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Slovaquie*
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30 septembre 1996
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3 mars 1998
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Turkmenistan
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24 septembre 1996
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20 février 1998
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Pérou*
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25 septembre 1996
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12 novembre 1997
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République Tchèque
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24 septembre 1996
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12 septembre 1997
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Mongolie
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1er octobre 1996
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8 août 1997
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Micronésie
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24 septembre 1996
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25 juillet 1997
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Japon*
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24 septembre 1996
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8 juillet 1997
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Ouzbekistan
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3 octobre 1996
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29 mai 1997
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Qatar
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24 septembre 1996
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3 mars 1997
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Fidji
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24 septembre 1996
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10 octobre 1996
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* Etats dont la ratification est requise pour lentrée en vigueur du traité
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Lattitude de lInde et du Pakistan qui avaient clairement manifesté leur intention de ne pas signer le TICE, a sensiblement évolué après la réalisation de leurs expérimentations nucléaires du mois de mai dernier. Le Premier Ministre indien, M. Vaspaye, a récemment réitéré son intention de transformer le moratoire sur les essais annoncé par son pays en un engagement juridiquement contraignant et a annoncé à lONU que lInde entendait adhérer au TICE avant septembre 1999. Pour sa part, le Pakistan a déclaré quil examinait activement, avec prudence et circonspection , la question de la signature du TICE.
LAssemblée générale de lONU a adopté, à lunanimité, en décembre 1993, la résolution 48/75L recommandant aux Etats-membres de négocier un traité dinterdiction universelle et de vérification de la production des matières fissiles pour la fabrication darmes nucléaires ou dautres dispositifs nucléaires explosifs (négociations cut-off ). Cette négociation a constitué lun des engagements pris lors de la prorogation du Traité de non-prolifération nucléaire en mai 1995.
Les clauses du traité pourraient sarticuler autour des principes suivants : la fabrication des matières fissiles pour des usages civils devra rester autorisée mais elle sera soumise à vérification selon un système déchanges dinformation et un régime dinspection dont les modalités seront à définir.
En 1995, il avait été possible de trouver un accord à la Conférence du désarmement de Genève sur le mandat de négociation, le Pakistan renonçant à sa demande initiale dinclure formellement la question des stocks de matières fissiles. Cet accord na pas été entériné par la Conférence du désarmement, notamment pour des questions de procédure et le mandat na pas été renouvelé en 1996. La négociation dun traité multilatéral interdisant la production de matières fissiles pour les armes nucléaires na donc pas commencé à Genève. Les discussions multilatérales entamées après les essais nucléaires indiens et pakistanais de lété 1998 pourraient permettre de trouver prochainement un accord pour entamer cette négociation en 1999, à la Conférence du désarmement.
II. LATTITUDE FRANÇAISE À LÉGARD DE LA DISSUASION NUCLÉAIRE
Le Livre Blanc sur la Défense de 1994 et le rapport annexé à la loi de programmation militaire pour 1997-2002 ont réaffirmé la validité du concept de dissuasion, base de la doctrine nucléaire française : la capacité nucléaire de la France est dédiée à la protection de ses intérêts vitaux contre toute menace, quelles quen soient lorigine et la forme.
Bien que la France ne soit plus menacée dans sa survie par la présence à proximité de ses frontières de forces nucléaires, conventionnelles et chimiques considérables, il nen demeure pas moins que des milliers darmes nucléaires subsistent dans les arsenaux hérités de la guerre froide. Par ailleurs, si la menace venant de lEst sest estompée, dautres types de risques existent ou sont susceptibles de se développer qui seraient en mesure de mettre en péril les intérêts vitaux français. La prolifération darmes de destruction massive, principalement chimiques et conventionnelles, associée à la prolifération balistique sur dautres continents conduisent à ne pas baisser la garde stratégique. La France se doit, face aux possibles débordements de la prolifération et au risque de résurgence dune menace majeure de conserver une dissuasion crédible.
La composante balistique emportée par les sous-marins nucléaires a pour caractéristiques essentielles sa très faible vulnérabilité et sa puissance. La force océanique stratégique repose désormais sur quatre sous-marins nucléaires lanceurs dengins, ce qui permet, si nécessaire, le maintien en permanence à la mer de deux sous-marins et donc dune puissance de feu dissuasive. A lhorizon 2008, le missile M51 permettra de répondre à une grande diversité de situations grâce à des caractéristiques techniques renforcées.
La composante aéroportée, bâtie autour de missiles aérobies, apporte une souplesse et une diversification des modes de pénétration, renforçant ainsi le dispositif français de dissuasion. A terme, le couple avion-missile sera totalement recomposé. Lavion Rafale disposera dun nouveau missile air-sol moyenne portée dérivé de lactuel AMSP mais doté dune allonge plus importante et de meilleures capacités de pénétration ; il sera équipé dune nouvelle tête.
Le développement de ces nouvelles capacités a dores et déjà conduit la France à accomplir unilatéralement un pas important sur la voie de la limitation de ses armements nucléaires. Elle a, dans un même temps, décidé de retirer certaines armes de ses arsenaux, arrêté la production de matières fissiles et fermé son centre dessais du Pacifique, clôturant ainsi la période qui sétait ouverte avec lexplosion atomique gerboise bleue le 13 février 1960, dans le Sahara français.
Force est de reconnaître que les opérations de démantèlement, aujourdhui largement commencées, nont été rendues possibles et réalisables quà la suite de la décision prise par Jacques Chirac le 13 juin 1995 dentreprendre une ultime campagne dessais nucléaires. La volonté politique française quil a ainsi osé afficher publiquement a redonné une nouvelle crédibilité à une dissuasion que son prédécesseur avait légèrement entamée en décidant personnellement dun moratoire sur les essais français. Outre la validation de la tête nucléaire destinée à équiper le futur missile balistique mer-sol, cette série dessais permet daborder le programme simulation dans des conditions optimales et, par conséquent, de préserver lavenir de la clef de voûte du système de sécurité français.
Le démantèlement du système Hadès, décidé et annoncé par le Président de la République le 22 février 1996 est effectif. Le retrait des 32 têtes nucléaires TN93, stockées au 15ème Régiment dartillerie de Suippes, a été définitivement réalisé dès la fin du premier semestre 1997. Le démontage des têtes, qui avait débuté en février 1997 au centre militaire spécial de Valduc, sest achevé à la fin du mois doctobre de la même année. Les sous-ensembles nucléaires qui les composaient ont été stockés dans des conditions de sécurité contraignantes dans lattente de leur démantèlement complet. Pour leur part, les vecteurs ont été entièrement détruits au centre dachèvement et dessais des propulseurs et engins de la DGA, près de Bordeaux.
Sagissant des missiles balistiques sol-sol S3D du plateau dAlbion, la phase de retrait des matériels des zones de lancement sest achevée au mois daoût de cette année. Les têtes nucléaires ont été démontées sur le site par le Commissariat à lénergie atomique, puis acheminés vers ses établissements où elles doivent être démontées. Les vecteurs, dont les étages propulsifs ont été démontés par lArmée de lair ont été acheminés pour être détruits au centre dachèvement et dessais des propulseurs et engins. Lenvironnement technologique des missiles est en phase de démontage. Les diverses opérations sont, selon leur nature et leur objet, confiées soit à lArmée de lair, soit à la société Aérospatiale ; celles-ci devraient être achevées à la fin de lannée 1998.
La dissolution de la Direction des centres dexpérimentations nucléaires (DIRCEN) le 7 septembre dernier (décret n° 98-810 du 7 septembre 1998) tourne la page de 36 années dessais nucléaires. Cet établissement avait été créé en 1964 pour permettre la mise au point de la dissuasion française. De fait, sa mission sétait achevée le 27 janvier 1996 à 22 heures 30 avec la réalisation de Xouthos , ultime essai sur latoll de Fangataufa au centre dexpérimentation du Pacifique. De juillet 1966 à janvier 1996, la DIRCEN a conduit la totalité des essais réalisés à Mururoa et Fangataufa. Comme la précisé le Président Jacques Chirac à loccasion de la cérémonie de dissolution de la DIRCEN, cette dissolution met fin à lexceptionnelle aventure scientifique, technique et humaine que fut la réalisation de nos essais nucléaires dans le Pacifique. Ceux-ci ont permis de doter notre pays de larmement nucléaire dont il a besoin pour assurer sa sécurité ultime en toutes circonstances .
Si larrêt de la production de plutonium a été décidé en novembre 1992, la fermeture de lusine de Pierrelatte a été elle aussi annoncée par le Président Jacques Chirac en février 1996. Elle trouvait sa justification dans le fait que la France disposait dès cette date des quantités duranium très enrichi nécessaires pour atteindre le niveau de suffisance quelle sétait fixé pour sa dissuasion.
Dans le contexte particulier de prolifération des armes de destruction massive associé à une prolifération balistique inquiétante, votre rapporteur pour avis ne peut que se féliciter que lultime campagne dessais ait conféré à la simulation des capacités technologiques et une sûreté des paramètres techniques de nature à garantir la fiabilité des armes futures et par là, la crédibilité de la dissuasion.
III. LA PROLIFÉRATION
Le Livre Blanc sur la Défense de 1994 accordait déjà une place importante à la prolifération dans son chapitre consacré à lévolution des risques et des menaces, considérant que plusieurs facteurs daggravation de ce phénomène et des menaces quil fait craindre sont apparus ces dernières années , ce qui en a fait lun des défis majeurs pour la sécurité internationale et pour notre défense . Outre les menaces connues et identifiées que font courir la prolifération des armes nucléaires et celle de leurs vecteurs potentiels, il convient de ne pas négliger les risques résultant déventuelles actions terroristes exploitant les voies ouvertes par une dissémination de matières nucléaires.
Les rédacteurs du Livre Blanc devaient dailleurs donner une définition assez exhaustive de la prolifération en indiquant que la prolifération présente une double dimension : dune part, lexportation ou la diffusion, généralement considérées comme illicites, par un pays ou une entreprise, déquipements, de technologies, de matières ou de savoir-faire, liés à la fabrication darmes nucléaires, biologiques, bactériologiques, chimiques ou de missiles, notamment balistiques ; dautre part, leffort conduit par un Etat pour rechercher, développer et produire ces mêmes armes, entreprises le plus souvent clandestinement .
Bien que la prolifération des armes de destruction massive constitue globalement une menace quil convient de prendre en compte, votre rapporteur centrera lessentiel de son propos sur la prolifération des armes nucléaires, celle-ci étant plus directement liée à lobjet de son rapport. Par ailleurs, il sefforcera, si besoin en était, de faire apparaître la nature des liens qui sétablissent naturellement entre prolifération nucléaire et prolifération balistique.
Les régions où les risques de prolifération nucléaire demeurent les plus forts sont, sans équivoque, le Moyen-Orient et le pourtour de la Méditerranée où lon assiste à une croissance des capacités nucléaires, le sous-continent indien où récemment lInde et le Pakistan ont procédé à des essais nucléaires, et lAsie.
Périodiquement, la presse se fait lécho de larrestation de trafiquants de matières nucléaires, de la saisie de matériaux radioactifs (sans toujours établir dailleurs de distinction entre les usages civils et militaires des matières saisies) et de déclarations de terroristes affirmant détenir des armes nucléaires. Bien quune part de fantasme alimente généralement ce type dinformations -mais après tout, la dissuasion nucléaire ne repose-t-elle pas sur limpact psychologique de la menace- force est de constater que la circulation des éléments radioactifs civils, les trafics de matières, la dissémination darmes et de technologies liées aux éventuels phénomènes de migrations humaines, posent sérieusement la question des activités duales liées au nucléaire.
Le dilemme central posé par lénergie nucléaire tient au fait que les mêmes installations peuvent être utilisées pour produire de lénergie électrique ou pour fabriquer des matières fissiles utilisables dans les armes. La distinction entre les deux réside principalement dans la configuration et le fonctionnement des installations.
Trois types dinstallations, produisant cinq types de matériaux nucléaires sont identifiables: les réacteurs quils soient de recherche, de production ou de puissance, les installations de retraitement du combustible irradié, les installations denrichissement. Les matières nucléaires produites dans ces installations sont : le plutonium-239, luranium-235, le tritium, le lithium-6 et le deutérium.
Tous les réacteurs nucléaires peuvent être utilisés pour produire du plutonium-239 utilisable dans des armes nucléaires, de même quils peuvent également produire du tritium. Ce dernier est obtenu soit par irradiation daiguilles de lithium-6 dans un réacteur, soit par extraction de leau lourde utilisée comme modérateur dans certains types de réacteurs.
Les réacteurs de recherche, principalement ceux dune puissance supérieure à 10 Mwe, fonctionnant généralement à luranium hautement enrichi, directement utilisable dans une arme sil na pas été irradié, et capables de produire du plutonium, doivent être considérés comme proliférants.
Certains types de réacteurs de puissance construits dans les années 1960 par la Grande-Bretagne, lex-Union soviétique, et le Canada pouvaient facilement être utilisés pour produire du plutonium de qualité militaire. Pour y parvenir, il suffit simplement de faire varier la durée de séjour du combustible dans le réacteur.
Il convient de signaler que les réacteurs à eau légère ne sont pratiquement pas utilisables pour la production de plutonium. Les manoeuvres quune telle production nécessiterait, seraient de nature à altérer le réacteur et la sécurité de son environnement, ce qui accroîtrait, dans des proportions considérables, une production au coût déjà élevé.
Les installations de retraitement reposent sur des technologies chimiques. Dans ces installations, le combustible irradié est traité pour séparer luranium du plutonium et des actinides formés. De telles installations sont utilisables pour isoler du plutonium de qualité militaire.
Sagissant de lenrichissement de luranium, six méthodes existent pour fabriquer du combustible nucléaire : la diffusion gazeuse, la séparation aérodynamique, la centrifugation, le procédé chimique, le procédé laser et le procédé électromagnétique. Chacune de ces méthodes présente à la fois des inconvénients et des avantages. Le stade le plus difficile est de passer de luranium naturel à 0,7 % duranium-235 à luranium enrichi à 20 %. Le passage ultérieur à un uranium hautement enrichi, utilisable pour les armes requiert beaucoup moins dénergie et peut se faire dans une installation annexe ne demandant pas un déploiement important de moyens techniques.
Même si laccès au nucléaire militaire est largement conditionné par la détention des matières fissiles nécessaires, il convient de signaler que le fait pour un pays den disposer, ne lui permet pas denvisager de passer rapidement au stade de la fabrication dengins nucléaires. En effet, bien dautres technologies sont nécessaires pour développer une arme nucléaire. Ces technologies nucléaires sont, pour lessentiel, des technologies à usage théoriquement civil mais elles peuvent être détournées à des fins militaires ; elles sont généralement désignées sous la terminologie de technologies à double usage ou technologies duales .
Parmi ces technologies à double usage , on recense tout à la fois des technologies simples et des technologies très sophistiquées dont la possession peut aider un pays proliférant à accélérer le développement de son programme nucléaire militaire. Figurent notamment au nombre de ces dernières les super-ordinateurs, les composants électroniques et les pompes à vide, dont lutilisation est a priori civile.
Devant limpossibilité de contrôler les milliers déléments qui entrent dans la fabrication dune arme nucléaire et dont la plupart sont à double usage (civil et militaire), il est apparu nécessaire de ne faire porter le contrôle que sur les biens et les technologies réellement critiques , ceux sans lesquels une filière technologique ne peut pas fonctionner. Les processus de contrôle ont été mis en place par le Club de Londres, organisation sur laquelle votre rapporteur reviendra plus en détail dans la suite de son rapport.
La plupart des données scientifiques et techniques nécessaires à la fabrication dune bombe peuvent être puisées dans la littérature ouverte . Sur le plan scientifique, de nombreuses informations nont toutefois pas été déclassifiées : les architectures internes des armes à fission exaltée, la compressibilité dynamique du plutonium. Cest dans la partie de la détonique, qui traite de la mise au point des implosoirs, que subsistent les verrous technologiques les plus nets. Il est notamment difficile de détenir la maîtrise technologique nécessaire à la réalisation de bonnes lentilles pour les conformateurs donde de détonation, de même quil est malaisé dobtenir une implosion de qualité sans laquelle une arme de seconde génération ne serait pas utilisable.
Parallèlement à ces verrous technologiques, la production et la vente limitées de certaines matières présentant des qualités nucléaires militaires , telles que le plutonium ou le béryllium, constituent un frein effectif à la prolifération. Toutefois, comme le montre lexemple de lIrak, un pays affichant une forte détermination et capable de mobiliser des moyens financiers importants sur un projet militaire, peut, à partir de technologies denrichissement datant des années 1940, produire de façon inquiétante des matières susceptibles dintervenir dans la fabrication darmes nucléaires rustiques.
Le développement des connaissances scientifiques, celui de linformation et des moyens de communication (les internautes ne connaissent pas les frontières et saffranchissent des réglementations) favorisent objectivement la dissémination des technologies et demain peut-être des matières nucléaires sur lensemble de la planète. A titre dexemple, il convient de rappeler quil y a une vingtaine dannées, le déclassement par les Etats-Unis dinformations se rapportant aux technologies thermonucléaires et leur publication dans des revues, accessibles à tout public, ont permis à dautres pays daccélérer sensiblement leur maîtrise de ce type darmement. Cest notamment à partir dinformations parues dans la littérature ouverte que lex-URSS est parvenue dans un temps record à développer son arsenal thermonucléaire.
a) Les transferts technologiques
Les programmes civils de coopération nucléaire conduits par les Etats nucléaires avec dautres Etats désireux officiellement de diversifier leurs approvisionnements énergétiques, constituent une autre source possible de prolifération. Le risque est en effet grand de voir les experts nucléaires de ces pays transférer des technologies et du savoir-faire vers des pays proliférateurs, dans la mesure où les connaissances requises pour utiliser latome à des fins pacifiques présentent un important tronc commun avec celles qui permettent les études préalables, la mise au point et la fabrication darmes nucléaires.
Suite à une initiative américaine, une réflexion a été conduite dans le cadre du Comité Zangger sur la nécessité de mettre sur pied un régime tendant à limiter les transferts de matériel et de technologie relative à lutilisation des matières nucléaires à des fins militaires. Lextension des exportations déquipements nucléaires civils au début des années 1970, la prise de conscience de la communauté internationale du problème de la prolifération après lexplosion nucléaire indienne de 1974, et le fait que la France, un des principaux exportateurs, nétant alors pas partie au Traité de non-prolifération nucléaire, ne participait pas aux travaux du Comité Zangger, ont conduit les sept principaux fournisseurs nucléaires dalors à se regrouper pour former le Club de Londres.
Les travaux du Club de Londres ont eu pour principal objet délaborer des règles dharmonisation de leurs politiques dexportation darticles nucléaires à des fins pacifiques vers les Etats non dotés darmes nucléaires. Ils ont établi en 1978 un code de bonne conduite plus connu sous le nom de directives de Londres .
Ces directives établissent les principes de base que les pays exportateurs sengagent à respecter pour lexportation de biens nucléaires sensibles. Le premier de ces principes reprend les critères définis par le Comité Zangger (assurance formelle dun usage pacifique, garanties AIEA, garanties sur le retransfert) qui sapplique aux biens eux-mêmes ainsi quaux technologies. Le second précise que la protection physique de ces biens contre les actes de sabotage, le terrorisme ou le vol doit faire lobjet daccords clairement définis entre les deux gouvernements. De plus, les Etats fournisseurs se réservent le droit de restreindre les transferts déquipements et de matières sensibles (plutonium, uranium enrichi), dinstallations denrichissement duranium, de retraitement de combustibles nucléaires, ou de production deau lourde exerçant ainsi une tutelle sur les marchés internationaux et matériels considérés comme susceptibles de favoriser la prolifération.
A côté de ces grands principes, les directives de Londres préconisent aux fournisseurs une auto-limitation des transferts de technologies et de matières sensibles. Les matières prises en compte sont définies dans deux annexes publiées pour la première fois par lAIEA en février 1978, plusieurs fois mises à jour depuis. La première annexe énumère les produits et matériels considérés comme les éléments de base du nucléaire (matières fissiles, réacteurs, etc.), la seconde définit des critères communs aux pays exportateurs pour les transferts de technologies relatifs aux installations ainsi que les principaux composants.
Par ailleurs, les membres du Club de Londres, dont le nombre sélève aujourdhui à 35 Etats, parmi lesquels figurent actuellement tous les pays signataires du TNP, à lexception de la Chine, se tiennent mutuellement informés des programmes quils mènent en coopération. Ces échanges dinformations constituent le complément indispensable aux règles édictées pour les matériaux et matériels. Ils permettent ainsi à tous les pays exportateurs didentifier les pays souhaitant acquérir des technologies nucléaires et, en fonction des matériaux ou matériels recherchés, les intentions de ces pays.
Le Club de Londres ne sest pas réuni entre 1978 et 1991 mais a repris ses travaux après la découverte du programme nucléaire irakien à la suite de la guerre du Golfe et de ladoption par le Conseil de sécurité de la résolution n° 678 du 3 avril 1991. Il a élaboré en avril 1992, à Varsovie, de nouvelles règles plus contraignantes concernant les matériels à double usage civil et militaire.
A loccasion de la réunion plénière de Lucerne (Suisse) en 1993, les membres du Club de Londres ont adopté le principe du contrôle intégral comme norme commune sappliquant à la fourniture de biens nucléaires à un Etat non doté darmes nucléaires. Il est désormais exigé, préalablement à la signature dun contrat avec un Etat non-nucléaire, la mise sous contrôle de lAgence internationale de lénergie atomique non seulement des matières et équipements nucléaires transférés, mais aussi de la totalité des installations existantes et futures de ce pays, quil soit adhérent ou non au TNP. Par ces effets naturellement contraignant, cette dernière mesure constitue un frein effectif à la prolifération.
Il est toujours délicat dapprécier la portée réelle de mesures restrictives telles que celles adoptées par le Club de Londres dans la mesure où, par essence, elles créent des non-événements. Toutefois, votre rapporteur, malgré la réalité de la dissémination, considère que leur existence contribue à enrayer ce phénomène et par là même renforce la sécurité internationale. Il estime que la France se doit de tout mettre en oeuvre diplomatiquement pour faire en sorte que les pays disposant de fait de capacités nucléaires militaires rejoignent au plus tôt le Club de Londres et subordonnent leurs activités exportatrices nucléaires au respect des directives contraignantes quil a adopté.
b) Lexpatriation des cerveaux
Au début des années 1990, on pouvait estimer, Asie non comprise, à près de 150 000 leffectif des personnels du nucléaire militaire. Selon une étude de la CIA, citée par Marie-Hélène Labbé1, environ 100 000 militaires et civils soviétiques travaillaient directement pour le secteur des armes nucléaires dans lex-URSS ; parmi ceux-ci, 2 000 auraient eu une connaissance approfondie de la conception des armes, et 3 000 à 5 000 auraient travaillé à la production du plutonium ou à lenrichissement de luranium.
Leffondrement de lempire soviétique, puis la crise économique, politique et sociale qui secoue les Etats-membres de la Communauté des Etats indépendants, ont entraîné une remise en cause profonde du complexe militaro-industriel qui constituait lun des fondements de la puissance soviétique. Le manque déquipements et le déficit de financement des instituts, universités et centres de recherche de ces pays ont eu bien souvent pour effet le délitement des équipes et la démotivation des chercheurs. Nombreux sont ceux qui ont pu être tentés ou peuvent encore lêtre démigrer vers des pays proliférateurs pour exercer leurs talents sous des cieux plus favorables et y négocier leurs compétences.
Selon une interview confiée à lagence Tass en juillet 1992 par V. Medvedev, membre du Présidium de lAcadémie des sciences de Russie, trois types de fuite de cerveaux de la communauté scientifique russe étaient à craindre : le départ vers un pays étranger, leur transfert interne par changement de profession, enfin leur intégration aux activités de nouvelles sociétés issues du complexe militaro-industriel . Si un nombre restreint de scientifiques sélectionnés ont semble-t-il trouvé une situation au sein de ces sociétés, la majeure partie exerce une profession dans des établissements aux moyens réduits, lorsquils nont pas été simplement licenciés, constituant ainsi un vivier de candidats à lexil.
Cest tout naturellement vers les pays industrialisés de lOccident que se sont en majorité tournés les scientifiques de haut niveau, séduits alors par les fastes nouveaux quils escomptaient y trouver. Les Etats-Unis ayant pour leur part constitué un pôle dattraction important.
Toutefois, il paraît fort probable quun certain nombre de ces candidats au départ ait été attiré par les offres aussi alléchantes que discrètes de pays cherchant à accéder au rang de puissance nucléaire. Il convient de remarquer quen toute logique le nombre de ces mercenaires scientifiques doit être relativement limité dans la mesure où ni la sécurité du chercheur (et a fortiori de sa famille), ni le retour en fin de contrat ne seraient véritablement assurés après une collaboration à des programmes clandestins, par définition très secrets. Cependant, il est vraisemblable quun tropisme idéologique a pu également pousser certains scientifiques vers des pays de lancien camp communiste, ou qui en étaient proches, avec lesquels ils auraient pu conserver des liens tissés auparavant (Cuba, Corée du Nord, Syrie, Irak, Inde, etc.).
La ville de Dijon a accueilli, au mois de septembre dernier, un colloque international2 réunissant les représentants de 83 pays, organisé conjointement par lAIEA, Interpole et lOrganisation mondiale des douanes, sur le thème de la délinquance nucléaire et le contrôle des substances radioactives, traduisant ainsi les préoccupations des acteurs internationaux.
A cette occasion, M. Hans-Friedrich Meyer, porte-parole de lAgence internationale de lénergie atomique, précisait que depuis 1993, lAgence avait comptabilisé 227 cas confirmés de trafic, et 103 autres cas pour lesquels la réalité du trafic navait pas pu être établie . Parallèlement, Mme Jytte Edkahl, spécialiste de ce secteur à Interpole, constatait une baisse très nette des saisies, après une pointe en 1994-1995 . Elle notait, par ailleurs, que les saisies de matières fissibles ont été rarissimes et quil sagissait toujours de très petites quantités , relativisant ainsi limportance de la contrebande de substances pouvant alimenter la prolifération des armes nucléaires.
Depuis léclatement de lancienne Union Soviétique et les informations alarmantes diffusées sur létat de son arsenal nucléaire et les incertitudes planant sur lefficacité de son contrôle par les autorités russes, la contrebande de matières fissiles ou dengins nucléaires constitue un réel motif dinquiétude. Il est pour le moins exact, quen dépit des assurances prodiguées par de hauts responsables russes, le risque existe que le marché noir et les éléments du crime organisé ne permettent la dissémination de composants nucléaires.
Il convient toutefois de noter que seulement quatre cas de contrebande de matières susceptibles de servir à la fabrication darmes nucléaires ont été répertoriés ces dernières années : 363 grammes de plutonium 239 concentré à plus de 87 % saisis, le 10 août 1994, à Munich ; 6 grammes de plutonium 239 pur à 99,8 % découverts, à la même époque, dans un garage de Tengen (Bade-Wurtemberg) ; 2,73 kg duranium enrichi à 87,7 % trouvés le 14 décembre 1994, à Prague, dans le coffre dune voiture, par des policiers tchèques ; et 38 grammes duranium hautement enrichi saisis, le 27 février, en Italie.
Bien quimportantes, les saisies répertoriées paraissent toutefois limitées dans leurs conséquences prolifératrices, lorsque lon sait que la fabrication dune bombe exige toutefois des quantités très supérieures à celles saisies (entre 4 et 6 kg de plutonium ou un peu plus de 20 kg duranium hautement enrichi), des matériaux et des pièces mécaniques et électroniques sophistiquées, de sérieuses compétences techniques, ainsi que dimportants moyens financiers.
Quatre éléments apparaissent cependant de nature à alimenter les risques de terrorisme nucléaire :
lincertitude qui pèse sur le devenir et la sécurité des armes nucléaires tactiques déployées sur lensemble du territoire de lancienne URSS, à cet égard on ne peut négliger les déclarations rapportées le 12 octobre dernier par le quotidien Al-Hayat selon lesquelles M. Oussama Ben Laden, milliardaire dorigine saoudienne soutenant les Talibans afghans, se serait procuré des armes nucléaires dans danciennes républiques soviétiques ;
les risques de diversion de matières radioactives par des groupes mafieux à partir des installations nucléaires de lancienne URSS, quelles soient civiles ou militaires ;
laugmentation des stocks de plutonium issu des installations de retraitement ;
la prolifération nucléaire qui multiplie le nombre de sites potentiels pour l approvisionnement des terroristes ou pour la conduite dactions déstabilisatrices du type attentat.
En tout état de cause, le terme de terrorisme nucléaire paraît susceptible de répondre à trois scénarios différents :
des actions terroristes conduites contre des installations nucléaires civiles ou militaires, incluant les dépôts darmes nucléaires, les véhicules de transport, les composants nucléaires et les matériels associés. Compte tenu du nombre dinstallations existantes, la probabilité doccurrence est loin dêtre nulle.
Il convient cependant de distinguer les menaces daction, par exemple contre les centrales nucléaires, dun groupe terroriste dont le but serait avant tout de retirer un avantage politique de son chantage en exerçant une pression psychologique sur les populations, du passage à lacte qui requerrait la mise en uvre de moyens considérables passant difficilement inaperçus. Le détournement de déchets radioactifs, par exemple issus de milieux hospitaliers ou universitaires, est un des risques les plus vraisemblables. Ce risque doit être pris en compte, mais relativisé compte tenu de la quantité de produits radioactifs concernés et du danger quils représentent ;
la menace demplois dengins nucléaires ou de matières radioactives dans le but de causer des dommages considérables au pays visé. Cette seconde possibilité pouvant être une suite logique de premier scénario. En dépit de sa popularité en terme de fiction, la menace demploi dune arme nucléaire dérobée ou dun engin rudimentaire bricolé par un groupe de terrorisme ne sest heureusement jamais transformée en réalité. La prolifération nucléaire, en augmentant les sites daction possible et le nombre de groupes de terroristes, engendre néanmoins une multiplication des risques.
Lhypothèse de lassistance matérielle d Etats terroristes à des groupes terroristes nest pas à exclure, mais il convient ici de préciser que la complicité dun pays tiers, si elle était avérée, conduirait le pays victime à considérer que lEtat complice est en quelque sorte lauteur de lagression, ce qui lexposerait à de réelles sanctions ;
laction de groupes nationaux ou transnationaux opposés au développement de nucléaire civil, à la détention darmes nucléaires, ou au stockage de déchets hautement radioactifs. Dans ce cas précis, les terroristes auraient comme objectifs de démontrer linsuffisance du dispositif de sécurité de linstallation et de sûreté nucléaire plutôt que de se livrer à des actes criminels mettant en jeu la vie des populations. Ce dernier scénario paraît de loin le plus probable. Ses conséquences sont essentiellement politiques et la sécurité des populations ne serait pas menacée. On ne peut cependant pas totalement exclure un quelconque dérapage ou un accident technique toujours possible.
La lutte contre la prolifération des armes nucléaires est aujourdhui une préoccupation constante de la Communauté internationale, ce qui a permis, au cours des dernières années, de remporter dincontestables succès en ce domaine. Le nombre de pays détenteurs de fait de larme nucléaire a régressé, lAfrique du Sud ayant renoncé et entrepris le démantèlement de son arsenal nucléaire en 1991. Par ailleurs, un grand nombre de pays ont adhéré au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Celui-ci est devenu quasi universel puisque seuls Cuba, lInde, Israël et le Pakistan ny ont pas adhéré. Ce résultat a été acquis grâce à une vigilance constante en matière de non-prolifération et au prix de pressions et dinterventions fortes sur des pays comme la Corée du Nord et lIrak, pour lesquels de nombreux indices permettaient de conclure quils conduisaient des programmes darmement nucléaire.
Il est communément convenu de distinguer deux grandes catégories de pays proliférateurs :
les Etats dits du seuil sont ceux que les experts estiment être sur la voie de lacquisition dune capacité daccès à larme nucléaire. En font partie la Corée du Nord, lIran, lIrak, le Brésil, lArgentine, la Syrie, la Libye et lAlgérie ;
les pays nucléaires de fait , soit parce quils ont ou quils ont eu, soit quils laissent entendre plus ou moins explicitement quils ont ou quils avaient la capacité de construire des armes nucléaires, soit parce quils ont procédé à des expérimentations nucléaires militaires (Afrique du Sud, Israël, Inde et Pakistan).
Les régions où les risques de prolifération demeurent sont le Moyen-Orient et le pourtour de la Méditerranée, le sous-continent indien et lAsie du sud-est. Par contre, la prolifération nucléaire est à tout le moins en nette régression, voire définitivement stoppée dans dautres régions : Amérique latine et Asie du sud.
LIran ne possède à ce jour aucune arme nucléaire, mais il est soupçonné de chercher à développer un programme nucléaire dont la finalité militaire apparaît quasiment certaine. Ce pays sefforce dacquérir toutes les technologies en rapport avec le nucléaire, y compris des réacteurs de recherche dune puissance qui pourraient soutenir indirectement un programme darmement nucléaire ou être réorientés au profit dun tel programme.
LIran a recherché laccès au nucléaire depuis les années 1970 et ce malgré des réserves importantes en pétrole et en gaz naturel qui le mettaient théoriquement à labri de problèmes énergétiques. Il a dailleurs passé au début des années 1990 un accord de coopération avec la Chine sur le développement dune filière nucléaire à des fins pacifiques. Début 1992, les Etats-Unis ont dissuadé la Chine et lArgentine de céder à lIran des technologies nucléaires jugées critiques. Lexistence de programmes civils permet dapprofondir et de renforcer la formation des chercheurs, ingénieurs et techniciens iraniens dans la maîtrise de technologies nucléaires susceptible dêtre utilisée à des fins civiles comme à des fins militaires.
Les experts internationaux évaluent à une dizaine dannées environ le délai minimum nécessaire à lIran pour parvenir au stade de la production darmes nucléaires, sous réserve quil puisse se procurer à létranger les équipements indispensables à leur réalisation.
Les inspections des installations iraniennes conduites par les experts de lAIEA, notamment en 1992, nont révélé aucune activité suspecte. Il convient toutefois de signaler quelles avaient été effectuées à la demande de lIran et que la visite était planifiée plusieurs semaines à lavance.
LIrak aurait eu les capacités techniques de produire quelques engins nucléaires rustiques dès 1993 sil ne sétait pas engagé dans la conquête du Koweït en 1990. Les infrastructures qui avaient été construites à c
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